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Le Pater est-il la prière des prières ? Celle qui les contient toutes ? Tel est le jugement de Simone Weil, qui conclut, dans le recueil "Attente de Dieu", son exégèse du Notre Père en ces termes : "Elle est à la prière ce que le Christ est à l'humanité". Tâchons de nous en inspirer.

Le Pater fut, pour Simone Weil, sa première prière et sa première rencontre quotidienne avec le Christ : « Je me suis imposé pour unique pratique de le réciter une fois chaque matin avec une attention absolue. Si pendant la récitation mon attention s’égare ou s’endort, fût-ce d’une manière infinitésimale, je recommence jusqu’à ce que j’aie obtenu une foi, une attention absolument pure » (Lettre 4).

Simone Weil, née juive, se réfugie en 1940 avec sa famille à Marseille. Sous la direction spirituelle du père Perrin, dominicain érudit, elle s’ouvre aux dogmes chrétiens et achève sa conversion au catholicisme. En 1941, elle se réfugie chez Gustave Thibon en Ardèche où elle mène une vie ascétique. C’est à la ferme qu’elle fait la découverte de la prière du Notre Père dont elle rédige alors un commentaire spirituel.

Frappée par la transcendance de Dieu, longtemps Simone Weil se refuse à Le prier. Elle craint le pouvoir de suggestion d’un tel acte répété. L’habitude dans la pratique, vantée par Pascal, lui paraît être une méthode néfaste.

Mais la traduction du Pater du grec au français marque un premier virage. Bientôt, elle l’apprend par cœur, et se met à le réciter malgré elle, sans pouvoir s’en empêcher. Cette pratique lui semble vite « extraordinaire », et son expérience est telle que le « Christ est présent en personne ».

L’exégèse qui nous intéresse, intitulée « À propos du Pater », prend la forme d’un commentaire ligne par ligne de la prière, à partir d’une traduction directe du grec. Nous nous proposons, ici, de reprendre chaque ligne dans la version donnée par la philosophe, et de livrer une explication synthétique et inspirante de sa méditation.

 

 

« Notre Père qui est dans les cieux »

 

Simone Weil insiste, pour commencer, sur notre appartenance à ce Père unique et inaccessible : « On ne marche pas verticalement ». On peut, en revanche, « changer la direction du regard ». Et le fait qu’il soit hors d’atteinte doit nous réjouir, car on ne saurait le souiller de notre mal. D’emblée, la philosophe met l’accent sur la transcendance.

 

« Soit sanctifié ton nom »

 

« Dieu seul a le pouvoir de se nommer lui-même », affirme-t-elle. Mais nous savons que le nom de Dieu est identifié au Verbe, c’est-à-dire au Fils, qu’elle appelle « le Médiateur ». Ainsi, nous avons accès au Père par le Fils, bien qu’il soit absent et transcendant. Et le nom de Dieu étant la sainteté même, il ne saurait être de nouveau sanctifié : désirer sa sanctification revient en réalité à désirer ce qui est de toute éternité. Ainsi, désir et acceptation se confondent et font basculer le désir dans l’éternité, « hors de la prison du moi ».

 

« Vienne ton règne »

 

 

Si la demande précédente visait une sorte de présent éternel, celle-ci vise le futur. Le règne en question est celui du Saint-Esprit. La philosophe voit dans cette demande une imploration, comparable au cri d’un assoiffé, qui finit par désirer l’eau en soi, et non pour lui-même.

 

« Soit accomplie ta volonté »

 

 

Après une première demande faisant basculer le temps dans l’éternité, nous retournons ici au temps. Nous désirons que l’avenir soit accompli « conformément à la volonté de Dieu ». Or, nous ne pouvons connaître vraiment Sa volonté que par les événements qui ont eu lieu. C’est donc une demande d’accomplissement, et l’acceptation par avance de ce qui sera advenu.

 

 

« Pareillement au ciel et sur terre »

 

 

La philosophe, ici, développe son idée maîtresse : notre désir doit porter sur ce qui advient en bas comme en haut, sur l’avenir, le présent, et le passé. Ce désir doit devenir acceptation : vouloir le ciel ne signifie pas se détacher de la condition terrestre. Elle opère ensuite une synthèse formelle des trois premières demandes : elles ont porté sur les trois Personnes de la Trinité, et sur les trois parties du temps. Elles étaient tournées vers Dieu. Désormais, les demandes se retournent vers nous. Elles vont porter sur les trois parties du temps dans un nouvel ordre : présent, passé, avenir.

 

 

« Notre pain, celui qui est surnaturel, donne-le-nous aujourd’hui »

 

 

« Le Christ est notre pain » écrit-elle, identifiant par là le nom du Médiateur au pain, son corps. Cette demande vaut pour le présent. Nous voulons que le Christ soit présent. Il faut faire une distinction entre la volonté humaine, qui concerne le temps présent, et l’effort, qui tend vers l’avenir. Nous avons besoin de pain comme d’autres choses matérielles au quotidien, mais le pain surnaturel nous ne pouvons l’obtenir par effort, par nous-même. Il faut le désirer infiniment et nous en remettre à Dieu.

 

 

« Et remets-nous nos dettes, de même que nous aussi nous avons remis à nos débiteurs »

 

 

Le préalable, encore faut-il y penser, c’est de prononcer ces mots en étant sincères, c’est-à-dire en ayant « remis à nos débiteurs ». Et les débiteurs sont « tous les êtres, toutes les choses, l’univers entier ». Instinctivement, nous pensons que nous avons des créances, que l’on nous doit quelque chose. Il faut renoncer à cette idée, qui est toujours une dette du passé sur l’avenir. Or, en ayant remis à nos débiteurs, nous avons « renoncé en bloc à tout le passé », pour être purs et vierges dans le futur. C’est à cette condition que l’on peut demander au Père d’éponger nos dettes. Et il faut être prêt à l’ultime conséquence du renoncement au passé : le renoncement à notre personnalité. C’est ce qu’il y a de plus dur. Mais si telle est la volonté de Dieu, nous voulons qu’elle soit accomplie.

 

« Et ne nous jette pas l’épreuve, mais protège-nous du mal »

 

 

« La seule épreuve pour l’homme, c’est d’être abandonné à lui-même au contact du mal » dit Simone Weil. La crainte vient que le pain surnaturel ne vaut que pour le présent. À chaque jour suffit sa peine, mais le lendemain fait peur. Or, la philosophe en arrive à la conclusion que la peur est l’achèvement de la confiance. Nous craignons d’être livrés au mal dans le futur, mais si nous devons l’être, nous l’accepterons. Nous avons confiance au point d’être prêts à être abandonnés. La demande de protection est une fonction royale qui correspond à l’avènement de son règne demandé plus tôt. Les demandes des deux sections se répondent deux à deux : le nom et le pain, la remise des dettes et la volonté de Dieu, la protection et le règne.

La dernière demande est une expression négative du désir, symbole de crainte et d’humilité. Il est important, dit enfin Simone Weil, de constater que le Pater commence par l’évocation du Père et se conclut par celle du mal. On va de la confiance à la crainte. La confiance est nécessaire pour aborder la crainte. Et la crainte est nécessaire pour éprouver la confiance.

 

Kévin Contini  (Aleteia français)

 

 

 

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